On dit souvent que Nintendo est un éditeur différent des autres et qu'ils aiment faire les choses à leur manière. Il y a un point important qui a toujours été dans l'ADN du constructeur, c'est le multijoueur local. A l'exception du Virtual Boy et des Game & Watch, chacune de leur console a été pensée avant tout pour le plaisir de partager le jeu vidéo avec des amis.

Les prémices

Il n'y a pas besoin de chercher bien loin pour voir à quel point le jeu partagé est important dès le lancement en 1983 de la Famicom. En effet, la console est livrée d'emblée avec deux manettes intégrées. Alors certes, ils n'ont pas inventé le concept et ce ne sont pas les premiers à avoir inclus ainsi directement deux pads, mais cela montre déjà une volonté de pousser cette fonctionnalité. En occident, s'il était possible d'acquérir une console NES avec une seule manette, la plupart des packs dont le célèbre Action Set (celui avec Duck Hunt et le pistolet optique) en intégraient également deux. A cette époque, la plupart des jeux sont surtout des jeux solos ou avec un mode deux joueurs en alternance, mais déjà certains jeux coopératifs en simultané ont marqué les esprits. On peut citer par exemple Double Dragon 2, Bubble Bobble, Chip & Dale, Contra, Spy Vs Spy ou encore Nintendo World Cup

L'étape suivante se déroula sur le terrain des consoles portables. C'est ainsi que dès le lancement la/le Gameboy fut accompagné de son fameux câble link. Alors certes on ne joue pas à deux joueurs sur la même console, mais l'idée reste de partager le jeu avec un ami. Pour bien mettre en avant cette possibilité, Tetris est choisi comme jeu ambassadeur livré dans tous les premiers packs de la console. Le succès est foudroyant et tout le monde a sa copie de Tetris. Ça tombe bien, vu qu'à l'époque chacun des joueurs devait posséder son exemplaire du jeu pour pouvoir jouer à deux via le câble link. Cette restriction aura malheureusement une conséquence : si nombre de jeux ont exploité cette fonction, très peu de joueurs s'en servaient, la logique de l'époque consistant à ne pas acheter le même jeu que ses amis pour pouvoir se les échanger. Certains jeux comme F1 Race permettaient aussi via un accessoire de jouer à 4, mais le problème était forcément emplifié. Mais un autre jeu va marquer l'histoire et relancer le concept : Pokémon. Avec le câble link, on ne joue pas ensemble, mais ça n'empêche pas de partager du moment de jeu d'une toute autre manière en s'échangeant des créatures capturées.

On passe ensuite aux 16 bits. Ici encore, il est possible de se procurer une Super Nintendo avec une seule manette, mais un des packs de lancement va bien proposer deux manettes et pour une bonne raison, car le jeu livré avec le pack n'est autre que la claque Street Fighter 2. Nintendo avait bien senti l'engouement pour ce jeu dans les salles d'arcade et le fait que ce mode de jeux en versus allait devenir une véritable toile de fond durant quelques années. Le beat'em'up et le jeu de baston vont ainsi devenir des genres rois dans les années 90, la plupart proposant bien évidemment du jeu à 2. Alors certes des jeux comme Final Fight sont passés à côté, mais globalement la tendance de proposer du versus s'est propagée aux éditeurs tiers comme chez l'éditeur qui nous a proposé un certain Killer instinct et a aussi installé une future franchise phare avec Super Mario Kart. Hudson soft a également lancé sa série Bomberman et le jeu multijoueur jusqu'à 4 à l'aide du multi tap. (Certes le concept est d'abord né sur PC-Engine).

Le multijoueur au coeur de l'experience

C'est sur la génération de machines suivante que le focus sur le multijoueur se ressent le plus. Ainsi, la Nintendo 64 est la première console à disposer d'office de 4 ports manettes. Et les jeux sont nombreux à utiliser ses possibilités multijoueur. Ce n'est pas pour rien qu'une bonne partie des jeux iconiques de la consoles se jouent à 4. On parler bien évidemment de Mario Kart 64, mais également de F-Zero X, de Mario Tennis, de Goldeneye 007 et de la saga des Mario Party. Nintendo a vraiment focalisé son attention sur cet aspect, même si cela n'a pas empêché le constructeur de proposer des itérations solitaires de Mario et de Zelda.

Dans la même continuité, le Gamecube est lui aussi pourvu de 4 ports manettes et nombre de ses jeux emblématiques sont des suites des jeux proposés sur N64. On pense bien évidemment à F-Zero GX, Mario Power Tennis, Mario Kart Double Dash et des suites de Mario Party (les meilleures de la saga). S'il n'y a pas de Goldeneye au programme, nombre d'autres jeux arrivent dont le très important Super Smash Bros qui deviendra l'étendard du jeu multijoueur chez l'éditeur. Mais citons également, Kirby Air Ride et Wario Ware Inc. Mega Party Game qui transforme cette licence typiquement solo en jeu multijoueur.

Retour sur la scène portable, la GameBoy Advance a elle aussi le droit aux faveurs du jeu à plusieurs en améliorant le concept du câble link de la Gameboy. Désormais, le jeu est possible jusqu'à 4 et cerise sur le gâteau, certains jeux permettent de jouer à plusieurs avec une seule cartouche. Certes, dans ce cas de figure les possibilités sont généralement réduites (moins de circuits ou de personnages...), mais ça permet à plus de monde d'en profiter vraiment. Ce câble link est aussi utilisé pour relier le Gameboy Advance à un Gamecube pour créer un écran déporté et du jeu asymétrique. C'est ainsi que Zelda 4 Swords Adventure et Final Fantasy Crystal Chronicles voient le jour. Si ces jeux peuvent techniquement se jouer en solitaire, leur potentiel n'est révélé qu'à plusieurs. Le concept est génial sur le papier, malheureusement, trouver un Gamecube, 4 GBA et autant de câbles link a rendu cette expérience aussi incroyable que rare.

Période casu

Arrive ensuite la période "casu". À la suite du raté commercial du Gamecube, Nintendo met un frein à la course à la puissance et tente une nouvelle approche : le motion gaming. Le pari est risque, mais la Wii est un succès immédiat et s'installe dans toutes les chaumières. Si la console a eu du mal à lutter face aux PS3 et Xbox360 niveau puissance, le motion gaming lui a permis d'attirer un autre type de joueur, plus occasionnel. Les éditeurs ont donc modifié leur stratégie éditoriale pour se focaliser sur des jeux spécifiques. Les party game ont donc poussés comme des champignons sur cette console. On ne les citera pas tous, les en vrac on pense à Wii Sports, Rayman Contre Les Lapins Crétins, Boom Blox, Just Dance, Mario Et Sonic Aux Jeux Olympiques, Mario Sports Mix ou encore Cocoto Magic Circus. Sans oublier bien entendu les versions Wii des licences phares de Nintendo : Super Smash Bros Brawl, Mario Kart Wii, Mario Party (et sa variante Wii Party), Wario Ware Smooth Moves. Même Mario se met au multijoueur avec New Super Mario Bros Wii et Super Mario Galaxy (le second joueur servant d'assistant).

Sur le terrain des portables, la Nintendo DS n'est pas en reste. C'est ainsi qu'est mis en avant dès le lancement la fonction Download Play. Grosso modo, c'est l'équivalent du jeu multijoueur de la GBA, mais sans besoin de Cable Link. Voilà qui est assez libérateur. Il est toujours possible de jouer avec des joueurs ayant eux aussi le jeu, mais également en leur partageant sans fil une copie réduite du jeu avec des limitations. Nintendo croit tellement en cette fonction qu'ils incluent une démo du jeu Metroid Prime Hunters (sous-titrée Prime Hunt) dans les consoles du lancement. Parmi les jeux importants ayant utilisé cette fonctionnalité, citons Mario Kart 7, Starfox Command, l'incroyable Tetris DS, New Super Mario Bros, Super Mario 64, Mario Party DS, Dr Kawashima, 32 Jeux Indémodables ou encore Cérebrale Academie.

Avec le vent en poupe, Nintendo se lance dans la génération suivante avec l'idée de transformer le jeu en multijoueur. Sur consoles de Salon, la WiiU sera peut-être un échec commercial, mais la proposition de base était tout de même audacieuse et extraordinaire. Les réalités économiques ont fait que le Gamepad n'a que trop peu souvent été utilisé à sa juste valeur, mais franchement, l'idée de Gameplay asymétrique changeait vraiment la donne. Si en plus on ajoute le principe du Miiverse pour que le partage du jeu se fasse aussi parmi une communauté de joueurs au-delà des amis proches, Nintendo a tout donné. Il était possible de réutiliser les accessoires de la Wii (les Wiimotes et les Wii Motion +) pour avoir facilement sous la main de quoi jouer à 5 dès le lancement. La console a d'ailleurs été accompagnée d'un jeu marquant : NintendoLand qui montrait bien les possibilités du principe (le Mini jeu Luigi's Mansion est toujours fun aujourd'hui). Très rapidement, Nintendo propose aussi un Game & Wario mémorable, avec sa version du Pictionnary toujours aussi parfaite pour une soirée entre amis. On peut également citer le jeu qui aurait du être une exclue : Rayman Legends qui se jouait à 5 avec un des joueurs au Gamepad incarnant Murphy. Au-delà du gameplay asymétrique, le Gamepad permettait d'avoir un second écran pour du jeu en local sans écran splitté. Ce sera utilisé pour certains jeux comme Sonic All-Star Transformed, Call Of Duty Black Ops 2 ou encore Bayonetta 2. Niveau Nintendo, on retrouve également quelques itérations des licences phares comme Mario Kart 8, Super Smash Bros For Wii, Mario Party 10, New Super Mario Bros U, Super Mario 3D World ou encore Mario Tennis Ultra Smash.

Côté portable, la 3DS a aussi été une génération compliquée pour Nintendo. L'aspect multijoueur de la console s'est focalisé sur l'arrivée d'un online plus stable et pratique, mais le Download Play de la DS est toujours présent et utilisé dans pas mal de titres comme Mario Kart 7, Luigi's Mansion Dark Moon, Mario Party Island Tour, Mario Tennis Open, Metroid Prime : Federation Force, Super Smash Bros For Nintendo 3DS, Super Street Fighter IV ou encore Wario Ware Gold. Toutefois, Nintendo a aussi innové sur 3DS dans la manière de partager du jeu vidéo avec une fonctionnalité qui malheureusement n'a pas été emportée sur Switch: le Street Pass. Le principe de base est que chaque fois que vous croisez une personne dans la rue avec une 3DS en veille ou active, les données Street Pass d'un certain nombre de jeux étaient automatiquement transférées entre les consoles. Concrètement, en rentrant à la maison, vous aviez un témoin lumineux signalant une ou plusieurs rencontres. Dans les jeux compatibles, chaque rencontre pouvait être utilisée une fois pour un effet différent. La 3DS était même fournie de base avec un lot de plusieurs jeux Street Pass (un autre set de jeux a plus tard été vendu en plus). C'est ainsi qu'on pouvait s'échanger des pièces de puzzle, ou utiliser les Mii rencontrer pour progresser dans un RPG.

Le renouveau de la Switch

On arrive maintenant la Switch. Si la console est désormais entièrement tournée vers le online (avec maintenant un abonnement annuel/mensuel), le multijoueur local n'est pas en reste avec une fonctionnalité particulièrement mise en avant. Chacun des joycons de la console constitue une partie d'une manette complète, mais peut également être utilisé indépendamment, soit à la manière d'une Wiimote, soit en le tenant horizontalement comme une mini manette. D'ailleurs le lineup de lancement montre bien l'importance de cette possibilité pour Nintendo qui l'a aussi particulièrement mise en avant lors de la présentation de la console. Jugez donc : 1, 2 Switch, Super Bomberman R, Ultra Street Fighter 2 HD, Snipperclips, Puyo Puyo Tetris ou encore Fast RMX. N'oublions pas non plus Mario Kart 8 Deluxe, version améliorée du hit de la WiiU. Tout au long de sa vie, la Switch a accueilli bon nombre de jeux multijoueur en local, dont pas mal de suites aux titres maisons. Sans même parler de la pléthore de jeux indés ou de portages de titres WiiU, la Switch accueille ainsi Mario Party Superstars, Super Mario Party, Super Mario Bros Wonder, Luigi's Mansion 3, Wario Wares Moves It, Wario Ware Get It Together, Smash Bros Ultimate, Mario Strickers ou encore 51 Worldwide Games.

Et de nos jours la Switch 2

Nous l'avons vu, le multijoueur local a toujours été une priorité pour Nintendo qui s'en sert comme facteur différenciant comparativement aux autres consoles. Il est donc normal que la Switch 2, dernière-née du constructeur soit elle aussi fournie en jeux multijoueur et profite de nouvelles manières de consommer le jeu à plusieurs. Cette nouvelle manière s'appelle Gameshare. Philosophiquement, ce n'est pas si différent du câble link et du download play, mais permet d'étendre ce principe plus largement. En effet, un joueur disposant d'un jeu Switch 2 compatible peut partager son expérience soit avec d'autres utilisateurs de Switch (1 ou 2) dans la même pièce, soit de partager son jeu avec un groupe d'amis via le Gamechat. Concrètement, pour peu que les amis disposent d'un abonnement en ligne (et d'une Switch 2, pour le coup ce n'est pas possible sur Switch 1), il suffit de constituer un groupe Gamechat, de lancer un jeu compatible Gameshare, puis de les inviter en jeu. Le jeu va alors simuler un jeu en multijoueur local avec des amis à distance. Nintendo n'est pas l'inventeur de cette fonctionnalité, Sony l'ayant déjà proposé sur PS4 sous le nom SharePlay et certains émulateurs Retro faisant aussi de même sur PC, mais l'intégration est vraiment simple et le principe poussé par l'éditeur. Ce n'est pas pour rien que parmi les rares jeux exclusifs Switch 2 se trouvent des jeux basés entièrement autours de cette fonctionnalité. On peut ainsi citer Survival Kids, Heave-Ho 2, le prochain Orbitals ou encore Tokyo Rumble. D'autres jeux s'en servent comme Split Fiction (qui n'a alors pas besoin de pass ami), Starfox, Super Bomberman Collection, Super Mario Party Jamboree, Plants Versus Zombies Replanted, Mario Tennis Fever, Kirby Air Riders ou Goat Simulator 3. Certains jeux Wii ont également été mis à jour pour permettre d'utiliser le Gameshare sur Switch 2. On penser en particulier à 51 Worldwide Games ou à Cérébrale Académie. Bien évidemment, le multijoueur local ne se résume pas qu'au Gameshare, et de nombreux jeux non compatibles permettent tout de même de jouer plus classiquement en local, comme Mario Kart World, titre emblématique.

Pour plus de détails sur les jeux Heave-Ho 2, Plants Versus Zombies Replanted et Tokyo Rumble, n'hésitez pas à aller jeter un œil à nos tests de ces jeux. Et nous espérons pouvoir réaliser prochainement celui de Orbitals.